La défaite en finale du Challenge européen vendredi contre le Leinster marque la fin d’une aventure pour joueurs et encadrement du Stade Français, partagés entre l’amertume de ne pas voir le travail reconnu et l’espoir qu’il porte ses fruits à l’avenir.

Depuis sa demi-finale de Top 14 en 2009, le club parisien, cinq fois champion de France entre 1998 et 2007, stagne en milieu de classement. Les saisons de transition s’enchaînent: 8e en 2010, 11e en 2011, 7e en 2012 et encore 10e cette année en Top 14. Soucieux d’avancer, le président Thomas Savare a adopté la méthode forte.

Avant même le dernier match, les entraîneurs David Auradou et Christophe Lausucq savaient qu’ils seraient remplacés la saison prochaine par un nouveau staff dirigé par Gonzalo Quesada. Au moins une dizaine de joueurs sont sur le départ (Warwick, Sackey, Contepomi, Wright…) pour laisser la place à d’autres plus célèbres (Morne Steyn, Ioane…).

C’est la fin de l’aventure, on aurait voulu mieux la finir. C’est comme ça, soupire Laussucq, plein de déception, de tristesse mais aussi de rancoeur.

On a fait le sale boulot

On a fait le sale boulot, on s’est tapé la Cité U pendant deux ans, Charléty avec 200 spectateurs (lieux d’entraînement et de match durant la reconstruction du stade Jean-Bouin, opérationnel la saison prochaine, ndlr), vous croyez qu’on s’est régalé tous les jours ? (…) Il y a des présidents qui vont chercher des entraîneurs par rapport à ce qu’il y a dans la presse et pas à ce qui se fait sur le terrain, lance-t-il.

Dans les 23 joueurs qui ont le plus joué, neuf ou dix ont moins de 23 ans. Rémi Bonfils sera un grand joueur, Alex Flanquart est aux portes de l’équipe de France, Hugo Bonneval et Jules Plisson ont fait un stage avec l’équipe de France, le Fidjien (Vuidravuwalu), on est allé le chercher en amateurs et c’est un des meilleurs ailiers du Top 14…, énumère-t-il. Le Stade Français va pouvoir s’appuyer sur ces joueurs pour l’avenir. Et c’est aussi la première année que le Stade Français ne perd pas ses cadres. Pas un ne veut partir, ce n’est pas un hasard. Il n’y a pas que du négatif.

Moins virulent, Auradou estime aussi avoir été un peu fusillé. On tient une part de responsabilités mais on aurait aimé avoir une année de plus pour aller plus loin avec la nouvelle infrastructure qui va arriver. On savait que ça allait être une année charnière. L’an prochain, c’est une année de renouveau et être débarqué comme ça, ça fait mal, explique l’ancien capitaine du Stade Français.

Trouver un cerveau

Ces deux anciens du club se sont attachés à ressouder le vestiaire, divisé après deux années sous la coupe de Michael Cheika, et à poser une trame de jeu. L’équipe a réussi des coups d’éclat en battant notamment Toulouse et le Racing-Métro, mais son bilan en Championnat reste de 14 défaites pour 12 victoires.

On n’est pas assez intelligents pour gagner face à des équipes pragmatiques, juge le talonneur Laurent Sempéré. On travaille mais l’intelligence, on ne va pas l’acheter à Carrefour. Il faut trouver un cerveau. Il n’en faut pas quinze, mais deux ou trois capables de gérer le jeu et de nous guider.

Avec notamment l’ouvreur springbok Morné Steyn, l’ailier australien Digby Ioane, les piliers van der Merwe et Taulafo, les Parisiens auront des renforts d’expérience qui viendront s’ajouter aux Papé, Attoub, Parisse, Rabadan, Lyons, Dupuy pour encadrer les prometteurs Slimani, Flanquart, LaValla, Plisson, Bonneval… Suffisant pour mettre fin à l’interminable transition? Le souvenir de cette saison sera en tout cas un moteur.